Édouard Pagnant (1852–1916), un maître relieur doreur de la tradition parisienne de la fin du XIXᵉ siècle.

ALINE, REINE DE GOLCONDE.

Printed by Maison Quantin pour la Société des Amis des Livres, 1887. Reliure signée Pagnant.

Édouard Pagnant (1852 – 28 janvier 1916) appartient à cette génération de relieurs parisiens qui assurent la transition entre la grande reliure romantique du XIXᵉ siècle et la reliure artistique moderne. Relieur-doreur formé dans les meilleurs ateliers, il s’impose progressivement comme un artisan reconnu du milieu bibliophilique parisien.

Né en 1852, Pagnant entre en apprentissage à l’âge de douze ans chez Camille Lavache. Cette formation précoce dans un atelier structuré lui donne une solide base technique.

Il rejoint ensuite la maison Chambolle-Duru, l’un des ateliers majeurs du XIXᵉ siècle, où il demeure sept années comme jeune ouvrier. Ce passage est déterminant : Chambolle-Duru représente alors l’excellence de la reliure classique parisienne, héritière de la tradition Trautz-Bauzonnet.

Après cette première période fondatrice, Pagnant travaille successivement chez :

  • Parisot

  • Lesort

  • Weber

  • Marmin

Ces passages dans différents ateliers témoignent d’un perfectionnement progressif et d’une insertion complète dans le réseau professionnel de la reliure parisienne.

En 1876, il s’établit à son compte rue Saint-Dominique.

En 1881, il joint à sa maison celle de Marmin, consolidant ainsi son activité.

Il s’installe ensuite au 30 rue Jacob, adresse qu’il conservera jusqu’à sa mort le 28 janvier 1916. Cette localisation au cœur du quartier intellectuel et éditorial parisien le place au contact direct des bibliophiles et collectionneurs.

Le Dictionnaire des relieurs français ayant exercé de 1800 à nos jours de Julien Fléty (1988) consacre une notice à Pagnant, confirmant son importance dans la reliure française de la fin du XIXᵉ siècle. Il est également mentionné à plusieurs reprises par Octave Uzanne dans La Reliure moderne artistique et fantaisiste. Uzanne, figure majeure de la bibliophilie fin-de-siècle, le cite parmi les artisans dont il apprécie les travaux. Cette reconnaissance n’est pas anodine : Uzanne ne mentionne que des relieurs dont il estime la qualité ou l’originalité.

Pagnant apparaît ainsi comme un artisan intégré au cercle des amateurs éclairés de son temps. Formé dans la tradition classique, Pagnant pratique une reliure solide et élégante, souvent en maroquin, avec une dorure nette et maîtrisée.

Ses reliures se caractérisent généralement par :

  • Une exécution soignée, héritée de Chambolle-Duru

  • Une dorure équilibrée, ni excessive ni pauvre

  • Une fidélité aux canons classiques tout en s’inscrivant dans l’esthétique fin-de-siècle

Il ne s’agit pas d’un relieur de rupture stylistique radicale, mais d’un artisan de haute tenue, recherché pour la qualité de son travail.

Édouard Pagnant (1852–1916) représente le modèle du relieur-doreur parisien accompli : formé dans les meilleurs ateliers, indépendant dès 1876, reconnu par les bibliophiles, et actif jusqu’à sa mort rue Jacob. Sans être une figure révolutionnaire, il demeure un artisan de qualité, dont les reliures signées témoignent de l’excellence technique de la tradition parisienne de la fin du XIXᵉ siècle.

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